Le multirécidiviste, dont l'évasion avait provoqué la mort de deux agents pénitentiaires, a été arrêté à Bucarest samedi

La fin de neuf mois de cavale: le narcotrafiquant multirécidiviste français Mohamed Amra, en fuite depuis son évasion en mai 2024 lors de laquelle deux agents pénitentiaires avaient été tués en France, a été arrêté samedi en Roumanie. L’annonce a été faite par le ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau qui a félicité «toutes les forces de l’ordre qui ont permis l’arrestation de Mohamed Amra en Roumanie».

Le parquet de Paris, auquel appartient la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée, a rapidement confirmé l’interpellation, effectuée sur mandat d'arrêt européen.

Les policiers roumains, mis en alerte par les enquêteurs français du départ à l'étranger de Mohamed Amra, l'ont "repéré" et arrêté "vers 15h près d'un centre commercial" samedi à Bucarest. Ils l'ont ensuite remis à la police roumaine chargée de la criminalité organisée. "En dépit du changement de coloration de ses cheveux, l'identification de l'intéressé est confirmée par une reconnaissance faciale et la comparaison d'empreintes digitales", a indiqué dimanche la procureure la procureure de Paris Laure Beccuau.

Dix autres arrestations

La police roumaine a de son côté expliqué qu’Amra avait été interpellé à Bucarest, et qu’il allait être présenté ce dimanche aux autorités judiciaires roumaines, qui "statueront sur sa remise à la justice française".

Dix personnes de l'entourage de Mohamed Amra ont été arrêtées "samedi puis dans la nuit" de samedi à dimanche, soupçonnées d'avoir participé à la préparation, l'évasion et la fuite du détenu multirécidiviste, a précisé Laure Beccuau.

Le président français Emmanuel Macron a salué «un formidable succès», rendu possible par la coopération des services d’enquête français et européens. «Professionnalisme au sommet et ténacité inlassable méritent notre gratitude. Et cela a été fait au nom des victimes, des familles et au nom de la France. Merci à tous», a posté de son côté le Premier ministre centriste François Bayrou sur X.

Une évasion spectaculaire

Le 14 mai 2024, deux agents pénitentiaires avaient été tués et trois autres blessés lors de l’attaque ultraviolente de leur fourgon au péage d’Incarville menée pour libérer Mohamed Amra, narcotrafiquant soupçonné d’avoir commandité des meurtres alors qu’il était en détention.

Au moment de son évasion, Mohamed Amra avait été extrait de sa cellule pour être amené chez un juge d’instruction pour y être interrogé. L’attaque commando à la voiture-bélier et aux fusils d’assaut avait jeté une lumière crue sur le degré de violence atteint par une nouvelle génération de trafiquants de drogue.

Sur la vidéo tournée par une caméra de surveillance du péage d’Incarville, on voit plusieurs hommes, cagoulés et vêtus de noir, tirer sans sommation apparente sur les surveillants de prison, pour libérer Mohamed Amra, désormais âgé de 30 ans. Le fugitif et ses complices ont été recherchés en France par plus de trois cents enquêteurs. La traque s’est aussi organisée au-delà des frontières nationales.

Une information judiciaire avait été ouverte notamment pour meurtres, tentatives de meurtre et évasion, le tout en bande organisée.

«Un immense soulagement pour sa famille»

A l’époque, un rapport de l’Inspection générale de la justice avait pointé un «déficit» de communication entre les différentes autorités judiciaires, pénitentiaires et les enquêteurs, qui avait conduit à considérer Mohamed Amra comme un détenu ordinaire et non comme un détenu particulièrement dangereux.

«Plus de neuf mois après l’assassinat barbare d’Arnaud Garcia, l’arrestation de Mohamed Amra est évidemment un immense soulagement pour sa famille», ont assuré Mes Pauline Ragot et Thibault de Montbrial, avocats de la veuve du surveillant brigadier décédé aux côtés du capitaine pénitentiaire Fabrice Moello dans l’attaque du fourgon blindé.

Même «premier soulagement» pour la veuve et les deux fils de M. Moello. «Nous saluons le travail des enquêteurs et des juges d’instruction. (…) Il convient que les investigations se poursuivent sereinement», a déclaré à l’AFP leur avocat, Matthieu Chirez.

«Tout le monde est très ému ici», a confié à l’AFP Olivier Duval, surveillant pénitentiaire et collègue des deux hommes tués, avant de poursuivre: «On espère surtout qu’ils vont aussi le faire parler pour récupérer les autres (membres du commando, NDLR) car ce sont eux qui ont tiré.» «N’oublions pas que les membres du commando sont toujours dans la nature. Leur arrestation est également espérée très rapidement», a abondé Wilfried Fonck, secrétaire national du syndicat Ufap Unsa Justice.

Le ministre français de la Justice Gérald Darmanin a proposé jeudi la création d’un nouveau régime carcéral «exceptionnel» pour les détenus les plus dangereux, pour lutter contre le narcotrafic et «ne pas revivre les assassinats des agents pénitentiaires lors de l’affaire Amra».