ÉDITORIAL. Prix Nobel de la paix 2020, le Programme alimentaire mondial de l’ONU a sauvé des millions de vies depuis sa création en 1961. Aujourd’hui, il est en grande difficulté financière. Les pays, qui se réarment, ont pourtant une responsabilité de solidarité internationale
Le Sommet «Nutrition pour la croissance» vient de fermer ses portes à Paris, fin mars, avec un engagement ferme à hauteur de 27 milliards de dollars: combattre la malnutrition sous toutes ses formes. L’exercice est louable, mais il ne suffit pas à cacher la désastreuse situation du monde dans son combat contre la faim. Plus de 700 millions d’individus en souffrent et 343 millions sont confrontés à une insécurité alimentaire grave. Depuis 2021, le fléau de la sous-nutrition a explosé.
Et pourtant, le Programme alimentaire mondial (PAM), la plus grande organisation humanitaire de la planète qui est au front depuis 1961 pour venir en urgence au secours des affamés, traverse l’une des pires crises financières de son histoire. Dans la folle logique trumpienne de retrait du multilatéralisme et celle de l’austérité pratiquée par les Etats membres de l’ONU, le PAM est sacrifié.
C’est pourtant la même organisation qui, en 2020, était célébrée comme lauréate du Prix Nobel de la paix. C’était la juste récompense pour une institution qui a incarné mieux que d’autres l’esprit de solidarité internationale qui sous-tend le multilatéralisme. A ceux qui n’ont cessé de tirer à boulets rouges sur les Nations unies, ce gros «machin» bureaucratique, le PAM a toujours offert le parfait contre-exemple: ses quelque 23 000 collaborateurs ont sauvé des millions de vies en livrant aux populations l’aide alimentaire dont elles ont urgemment besoin.
Il est indécent de voir, dans un XXIe siècle ultra-technologique, que la communauté internationale n’a plus rien d’une communauté qui œuvrerait au bien commun. Dans le marasme des égoïsmes nationaux, la lutte contre l’insécurité alimentaire est devenue secondaire. On ne cherche même plus à se donner bonne conscience. Or, la faim demeure un scandale. L’agriculture mondiale a les moyens et la technologie pour nourrir correctement plus de 10 milliards de Terriens.
En 2015, les 193 Etats membres de l’ONU avaient eu l’audace d’adopter des Objectifs de développement durable dont l’un d’eux vise à éliminer la faim d’ici à 2030. On est très loin du compte. Tous les indicateurs montrent qu’un demi-siècle après l’atroce crise du Biafra, la faim regagne du terrain. Le constat est d’autant plus choquant que les Etats de la planète, tous continents confondus, consacrent des centaines de milliards de francs au réarmement.