CHRONIQUE. Alors que l’hôte de la Maison-Blanche part en croisade contre les politiques d’inclusion, paraît un recueil de la poétesse et performeuse Karen Finley, passée maîtresse dans l’art de débusquer la violence cachée sous un vernis de respectabilité

Un vent de folie souffle sur les Etats-Unis. Comment qualifier autrement le revirement radical opéré par l’administration Trump sur la politique des minorités, si typiquement américaine, et la véritable chasse aux sorcières qui s’ensuit? Sa première cible, ce sont les mots: «antiracisme», «transgenre», «fierté noire», etc. On atteint des sommets avec la suppression, dans les archives du Pentagone, des photos du bombardier qui lâcha la première bombe atomique, malencontreusement baptisé Enola Gay, du nom de jeune fille de la mère du pilote…

Une bombe gay? La faute sans doute à une AI trop complaisante. Par contre, l’idée saugrenue de transmettre son matronyme à une machine de mort n’avait apparemment jamais heurté personne. Certes, la suppression agressive des programmes d’inclusion et des politiques sociales a un impact direct qui peut être dévastateur. Mais le bannissement des mots qui disent la différence a quelque chose de plus pernicieux dont les effets se mesureront à long terme. Car il s’agit de remodeler les mentalités, ou si l’on préfère parler le langage de la tech, de changer le logiciel progressiste qui les aurait gouvernées depuis les années 1990. Comme si changer le vocabulaire officiel était susceptible de faire rentrer la société dans le rang, dans l’espoir de revenir à un monde normé qui n’existe que dans l’imagination de quelques-uns et renvoie par conséquent une fausse image du réel.

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