Face à un contexte économique difficile, l’Etat de Vaud a déployé un plan d’action pour soutenir le secteur industriel. Différentes mesures clés sont prévues pour permettre aux manufacturiers et aux sous-traitants de maintenir et développer leur activité en attendant la relance. Explications

Dans un contexte marqué par le ralentissement de l’économie mondiale et la vigueur du franc, les acteurs économiques sont confrontés au défi du maintien de leur activité. Dans ce cadre, l’Etat de Vaud a déployé un plan d’action pour soutenir le secteur industriel afin de maintenir la compétitivité et les emplois de ce tissu. Différents leviers sont activés, dont la relance du Fonds de soutien à l’industrie, proposé aux entreprises en 2016 et en 2021 pour faire face à la conjoncture. En parallèle, des mesures d’aide sont aussi offertes afin de passer le cap durable imposé par de nouvelles exigences, tant légales qu’incitatives à la suite du positionnement des grands groupes en ce sens. Enfin, l’innovation est également ciblée afin de permettre aux acteurs industriels de rester aux avant-gardes de l’évolution technologique. Eclairages avec le directeur du Service de la promotion de l’économie et de l’innovation Raphaël Conz, la cheffe de projet Entreprises et Fonds de soutien à l’industrie Rossella Mastroianni, et le responsable de l’unité économie durable Mathias Paquier.

De manière globale, quels sont les facteurs qui impactent l’activité industrielle dans le contexte économique actuel?

Raphaël Conz: Depuis l’été 2024, la problématique du franc fort continue à peser sur les entreprises, en impactant forcément les exportateurs. Le ralentissement global qui fait suite à la flambée de la reprise post-covid se fait également fortement ressentir, touchant la plupart des secteurs d’activité industriels. S’ajoute à cela un contexte géopolitique tendu, dont les effets sur l’économie sont palpables, notamment en mettant de nombreux manufacturiers et sous-traitants sous pression.

Dans ce cadre, à quels défis sont principalement confrontés les entrepreneurs?

Raphaël Conz: Ils sont multiples et s’échelonnent différemment dans le temps. Dans l’immédiat, certains entrepreneurs doivent d’abord parvenir à survivre en palliant l’érosion des marges ou encore la diminution de leur chiffre d’affaires. A moyen et long terme, d’autres défis s’imposent, entre autres en matière de décarbonation. Une impulsion donnée aussi bien par les nouvelles réglementations qui entrent en vigueur, avec des objectifs de réduction des émissions de CO2 exigeants auxquels les industries doivent être en mesure de répondre, que par la direction prise par les multinationales et grands groupes. Ces derniers, en prenant les devants mais aussi en se mettant en conformité avec les nouvelles réglementations internationales, notamment celles qui régissent le marché au sein de l’Union européenne, incitent forcément leurs partenaires, fournisseurs et sous-traitants à suivre la tendance rapidement. Pour ces derniers, il faut être en mesure de faire évoluer leur pratique durablement pour ne pas se faire remplacer par la concurrence de la zone euro.

Parmi les mesures prévues par l’Etat de Vaud, la relance du Fonds de soutien à lindustrie constitue un premier levier essentiel. Comment permet-il aux industries de faire face au contexte actuel et à qui est-il destiné?

Rossella Mastroianni: Ce fonds s’adresse principalement aux acteurs industriels qui ont besoin d’outils de production automatisés pour des volumes importants. L’un des premiers objectifs de cette mesure d’aide vise à permettre aux industriels de pouvoir maintenir et développer leur parc de machines. Dans ce sens, le fonds de soutien intervient à hauteur de 50% de l’investissement nécessaire pour l’achat d’un outil de production. Cette aide financière étant plafonnée à 100 000 francs et se cumulant aux enveloppes déjà octroyées entre 2016 et 2021. Au total, chaque entreprise a donc un plafond maximal fixé à 300 000 francs entre ces trois moments d’activation du fonds. Cette aide vise par ailleurs à répondre à d’autres types de demandes émanant du tissu industriel. Il peut notamment s’agir de soutenir les acteurs économiques dans leurs besoins en matière de formation, de recherche et développement ou encore d’acquisition de nouvelles compétences par l’intermédiaire de l’engagement de personnel qualifié supplémentaire.

Comment est utilisé ce fonds et par quels types d’acteurs industriels?

Rossella Mastroianni: Les entreprises ont principalement recours au fonds pour maintenir et développer leur parc de machines. Cette utilisation visant à investir dans l’outil de production représente 70% des demandes que l’on reçoit. Les 30% restants étant dédiés à l’innovation pour la recherche et développement ou encore à des fins de formation. Concernant le type d’acteurs économiques, le tissu industriel au sens large est concerné. Les manufacturiers, leurs partenaires et les sous-traitants, actifs par exemple dans le secteur horloger, médical ou aéronautique, figurent parmi les principaux domaines d’activité que l’on peut relever. Souvent peu mis en lumière, les sous-traitants constituent des acteurs clés à prendre en compte dans cette politique de soutien à l’industrie. En effet, quand la conjoncture n’est pas bonne, ils sont les premiers impactés par le ralentissement de l’activité de leurs clients exportateurs.

Vous mentionniez aussi la durabilité et les nouvelles exigences de décarbonation. Comment ces aspects impactent le tissu industriel et quelles mesures sont prévues en ce sens?

Mathias Paquier: La durabilité constitue en effet un défi économique mais aussi une opportunité pour les entreprises qui anticipent et planifient leur décarbonation. Il faut rappeler que les objectifs de réduction des émissions de CO2 fixés par les nouvelles réglementations qui entrent en vigueur s’avèrent des plus incitatifs, pour ne pas dire exigeants. En Suisse, le cadre légal déterminé entre autres par la loi sur le climat et l’innovation fixe un objectif de décarbonation pour le secteur industriel visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 90% d’ici à 2050. Avec un objectif intermédiaire fixé à 50% de réduction d’ici à 2040. La pression sur l’industrie est donc importante. Nous prévoyons ainsi des mesures d’aide pour mettre à jour une feuille de route en matière de durabilité pour les entreprises industrielles et les grands consommateurs. Chaque entreprise pouvant recevoir jusqu’à 30 000 francs d’aide individuellement. Cela dans le but de mettre en place un plan de décarbonation concret, dont la portée peut viser différents aspects tels que des travaux de rénovation énergétique ou encore le remplacement de ses infrastructures de production.

La durabilité constitue un défi économique mais aussi une opportunité pour les entreprises

Mathias Paquier, responsable de l’unité économie durable

Au-delà du cadre légal suisse, comment la dynamique européenne touche les entreprises helvétiques?

Mathias Paquier: Les réglementations en vigueur dans l’Union européenne incitent fortement les multinationales et les grands groupes suisses à prendre les devants en matière de durabilité. Pour leurs fournisseurs, notamment les sous-traitants qui constituent notre tissu économique, il faut alors être en mesure de se mettre à jour rapidement. Les nouveaux impératifs durables, entre le cadre suisse et européen, constituent donc des leviers incitatifs forts pour l’ensemble des acteurs de notre tissu économique et industriel. Une telle démarche d’anticipation permet aux entreprises de réduire les risques et de les aider à se positionner avantageusement vis-à-vis de nouveaux clients qui auraient déjà mis en place des exigences en matière de durabilité envers leurs fournisseurs.


Programme iNNdustry: un nouvel atout pour renforcer la compétitivité

Résultant d’un partenariat entre le Service de la promotion de l’économie et de l’innovation et Innovaud, l’agence pour la promotion de l’innovation et de l’investissement du canton de Vaud, le programme iNNdustry a pour objectif d’accompagner les PME industrielles vaudoises en favorisant l’innovation et en simplifiant l’accès aux services et dispositifs d’aide dédiés à l’industrie. Son lancement s’est notamment appuyé sur la réalisation d’un état des lieux et d’une veille quant aux besoins des PME industrielles. Différentes mesures sont prévues, telles que la mise en relation avec des instituts spécialisés dans la recherche, l’activation et l’octroi d’aides financières, l’organisation d’événements dédiés au réseautage ou encore des prestations de coaching mais aussi la mise à disposition d’outils de formation.