CHRONIQUE. Le gorille dans la pièce, c’est le président américain, dont Metin Arditi se demande s’il maîtrise les fondamentaux des interactions

A l’été 2022, le gouverneur du Maryland, Larry Hogan, adversaire politique de Donald Trump, avait mis en garde ceux qui misaient sur son effacement: «He’s still an eight-hundred pound gorilla.» C’est toujours un gorille de 360 kilos… Le problème, avec les gorilles, c’est que la macroéconomie n’est en général pas une matière sur laquelle ils peuvent compter pour rattraper une moyenne. Le chaos dans lequel le président des Etats-Unis plonge aujourd’hui le monde économique l’atteste. Lui a-t-on dit que le temps du troc était révolu? Eric Beinhocker, professeur à l’Université d’Oxford, réfute le terme «économie», qu’il remplace par celui d’écosystème: aucun pays n’est désormais autonome. L’iPhone qui nous arrive à un prix raisonnable, chargé d’une technologie hors pair, est le fruit d’une collaboration délicate de millions d’intervenants, collaborant au sein de milliers d’entreprises, basées dans une cinquantaine de pays. La politique de Trump est, à cet égard, rien moins que suicidaire, ne serait-ce que pour son propre pays. Trump revendique d’autres talents, un savoir-faire amoureux, par exemple. Brassens le lui reconnaît, non sans malice: «Mais par malheur si le gorille/Aux jeux de l’amour vaut son prix/On sait qu’en revanche il ne brille/Ni par le goût ni par l’esprit».

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