Dans les années 1980, coiffé de la casquette des Transports lausannois, un jeune homme circulait au volant d'un trolley-bus imaginaire avant de disparaître du paysage urbain

Au début des années 1980, les Transports publics lausannois comptaient une ligne fictive dont la desserte était assurée par Martial Richoz (1962-2024). Fasciné depuis sa plus tendre enfance par les transports publics, le jeune rêveur construisait des trolleybus à partir de matériaux de récupération qu’il montait sur des caddies ou des escabeaux munis de roulettes. Coiffé de la casquette officielle des TL, il poussait dans les rues ces cabriolets orangés selon des circuits immuables.

En 1983, Michel Etter consacre à l’énergumène un court métrage documentaire, Martial dit l’homme-bus, qui dévoile un imaginaire dûment structuré. Les véhicules de Martial comportent des perches d’alimentation, un vrai volant des TL, un distributeur de billets. Le chauffeur produit avec la bouche le chuintement des portes pneumatiques en respectant le volume sonore, forcément plus faible à l’arrière… Fasciné par les caténaires striant le ciel, il philosophe: «Qu’est-ce que c’est que les lois, l’argent? N’est-ce pas une sorte de ligne aérienne qu’on doit suivre?» Il est affable, jovial. Lucide aussi: «Ce que la société appelle ma «folie», c’est une souffrance terrible.»

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