ÉDITORIAL. La guerre a fait vendredi son retour à Beyrouth, frappée par des bombardements israéliens. Un coup d’éclat qui satisfait la droite israélienne et s’inscrit dans une multiplication de crises profitable au premier ministre Netanyahou

Ils n’auront pu respirer que quatre mois. Vendredi après-midi, les bombes ont fait leur retour dans la vie des Libanais de Beyrouth. Sa banlieue sud a été frappée pour la première fois depuis la trêve conclue entre Israël et le Hezbollah le 27 novembre 2024. Provoquant la colère d’Emmanuel Macron, qui recevait au même moment le président libanais, Joseph Aoun, à l’Elysée.

Si elle n’a pas fait de morts dans la capitale libanaise, cette démonstration de force après un double tir depuis le Liban le matin même permet au gouvernement israélien d’envoyer un message clair à ses compatriotes, surtout à ceux qui s’étaient réinstallés en Galilée à la faveur de la trêve. «S’il n’y a pas de paix dans le nord d’Israël, il n’y en aura pas non plus à Beyrouth», déclarait vendredi le ministre de la Défense, Israël Katz.

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Mais la réouverture possible du front libanais s’inscrit aussi dans la stratégie de multiplication des crises poursuivie par le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Il les provoque pour satisfaire les politiciens les plus radicaux de sa coalition. Pour échapper aux juges, alors qu’il est visé par trois procès. Pour réaffirmer son pouvoir, alors qu’il n’a jamais reconnu les erreurs qui ont permis le massacre du 7 octobre 2023. Et pour étourdir ses opposants, alors que la colère à son égard n’a jamais été si forte.

En Israël, il s’agit d’abord d’une crise des contre-pouvoirs. Jeudi, le parlement a adopté un projet de loi qui avait mobilisé l’opposition avant le 7-Octobre, permettant aux politiciens de contrôler le processus de sélection des juges de la Cour suprême. Une première qui met en péril les instances judiciaires, malgré la résistance acharnée de la procureure générale de l’Etat d’Israël, Gali Baharav-Miara.

Des réservistes israéliens qui disent non

Il y a aussi crise dans le renseignement intérieur, ensuite. Maintenant que le patron du Shin Bet a été limogé pour des enquêtes gênantes pour Netanyahou, ce dernier lui cherche un successeur. Et risque fort de nommer avant tout quelqu’un qui lui est loyal, comme le fait Donald Trump aux Etats-Unis.

Il y a enfin crise sur la gestion de la guerre. Avec la reprise le 18 mars des bombardements sur Gaza – près de 900 morts jusqu’à présent –, beaucoup d’Israéliens s’indignent qu’on abandonne les otages à leur triste sort. Des réservistes refusent désormais de s’enrôler pour protester contre Netanyahou, et par crainte de mettre en danger la vie des captifs restants.

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A cette liste de crises qui satisfait l’agenda de l’extrême droite s’ajoute donc vendredi une triste ligne: celle du Liban. Renforcé mardi par l’adoption du budget 2025, Benyamin Netanyahou n’a pas de raison de renoncer à ce nouveau terrain du chaos. Si un conflit recommence, cela sera au détriment des Libanais, de la même façon qu’il détruit la vie des Gazaouis. Mais qu’importe? La guerre, après tout, est un excellent moyen pour faire oublier les affaires.