Un séisme de magnitude 7,7 a frappé vendredi la Birmanie et la Thaïlande. 18,5 millions de personnes se trouvent dans les territoires les plus affectés. La junte annonce 144 morts et 732 blessés pour l’heure. A Bangkok, également touché, un premier bilan provisoire fait état d’une «vingtaine de morts»
Un puissant tremblement de terre de magnitude 7,7 a frappé vendredi le centre de la Birmanie, un séisme dont les secousses ont été ressenties jusqu’en Chine et en Thaïlande où un immeuble de trente étages s’est effondré, prenant au piège plusieurs dizaines d’ouvriers.
Le séisme, peu profond, s’est produit à 16 kilomètres au nord-ouest de la ville de Sagaing, vers 14h20, heure locale (7h20 en Suisse), a annoncé l’Institut géologique américain (USGS). Une réplique de magnitude 6,4 a secoué cette zone quelques minutes plus tard, selon même source. Dans la capitale birmane, à Naypyidaw, les routes ont été déformées sous l’effet des secousses et des morceaux de plafond sont tombés des immeubles. La junte revenue au pouvoir en 2021 a déclaré l’état d’urgence dans six régions devant l’étendue des dégâts. Elle fait part de 144 morts et 732 blessés alors que les recherches de disparus se poursuivent.
Just experienced a 7.7 strength #earthquake in #Bangkok for close to 3 minutes. Its epicenter was Mandalay, Myanmar, over 1200 kms from here.
— Joseph Çiprut (@mindthrust) March 28, 2025
Despite the distance it swayed buildings; caused cracks, forced evacuations and rooftop pools cascaded much water to down below. Scary! pic.twitter.com/iIeV7WQWN6
L’hôpital de la capitale traite en ce moment de «nombreuses victimes», a déclaré à un responsable de l’établissement. Des blessés sont pris en charge à l’extérieur du service des urgences, alors que d’autres se tordent de douleur, ou restent immobiles, avec leurs proches à leurs côtés pour les réconforter. Une «vingtaine de morts», sont à déplorer, a annoncé un hôpital de la capitale. Le DFAE n’avait pas connaissance vendredi matin de Suisses faisant partie des victimes ou des personnes touchées par le tremblement de terre. Des clarifications sont encore en cours. Les ambassades suisses à Bangkok et à Rangoun sont en contact avec les autorités compétentes sur place. Actuellement, 470 ressortissants suisses sont enregistrés sur l’application «Travel Admin» en Thaïlande et deux au Myanmar, a indiqué le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
«On sait qu’il y a des destructions d’infrastructures, des routes, des ponts, des maisons. Mais en termes de souffrance humaine, ce n’est pas encore très clair, réagit Severin Huber, responsable de la région birmane pour l’organisation suisse de coopération au développement et d’aide humanitaire Helvetas, qui compte près de 80 collaborateurs sur place. Mais à ce que l’équipe nous dit, c’est assez grave.»
Environ 18,5 millions de personnes se trouvent dans les territoires les plus affectés. La Fédération internationale des sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), qui va probablement lancer un appel d’urgence, et la Croix-Rouge birmane ont activé leur dispositif d’urgence. Le bâtiment de la Croix-Rouge birmane à Rangoun, pourtant loin de l’épicentre, a dû être évacué à cause du séisme. La FICR s’attend à des conséquences «assez significatives», notamment pour les plus vulnérables.
«Il est clair qu’il existait déjà des contraintes sur place en termes de communication, notamment téléphonique, ou d’accès à internet. Nos équipes rencontrent toujours des difficultés, mais nous ne savons pas encore à quel point le séisme a dégradé la situation», témoigne Severin Huber.
De fortes secousses ont été par ailleurs ressenties en Thaïlande voisine, causant des scènes de panique à Bangkok où des bureaux et des magasins ont été évacués. Un immeuble de 30 étages en construction s’est effondré dans la capitale thaïlandaise après le séisme, causant trois morts, a déclaré le vice-premier ministre thaïlandais Phumtham Wechayachai. Les recherches se poursuivent pour retrouver 81 personnes piégées dans les décombres, a poursuivi le responsable. Selon des images de la BBC, une piscine perchée au sommet d’un gratte-ciel s’est transformée en cascade, déversant de l’eau dans la rue en contrebas.
Un humanitaire suisse travaillant à Bangkok et contacté par Le Temps explique ne pas avoir vu de dégâts dans son quartier pour l’instant, mais ajoute que la situation est «impressionnante». «On est au 11e et dernier étage de notre bâtiment, il a fallu descendre les escaliers en courant avec ma fille dans les bras. Il y a de la panique, mais plus de peur que de mal heureusement. L’eau des piscines giclait du toit des immeubles.»
Collapsed Building in Bangkok Identified
— Weather Monitor (@WeatherMonitors) March 28, 2025
The construction project that collapsed due to the earthquake is the Office of the Auditor General (OAG) building in Bangkok, Thailand. #Earthquake #แผ่นดินไหว pic.twitter.com/d3eiDYGiAA
«J’ai entendu le bruit alors que je dormais chez moi, j’ai couru aussi loin que possible en pyjama hors du bâtiment», a déclaré Duangjai, une habitante de la deuxième ville du pays, Chiang Mai (nord-ouest), destination prisée des touristes et réputées pour ses temples.
Sai, un autre habitant de Chiang Mai, âgé de 76 ans, se trouvait dans une supérette au moment du tremblement de terre. «Je me suis précipité hors du magasin avec d’autres clients», a-t-il raconté. «C’est la plus forte secousse que j’ai ressentie de toute ma vie».
Les secousses ont également été ressenties dans le nord et le centre de la Thaïlande. A Bangkok, certains services de métro ont été suspendus. La première ministre thaïlandaise Paetongtarn Shinawatra a déclaré Bangkok en état d’urgence.
Des journalistes de l’AFP se trouvaient au Musée national de Birmanie, à Naypyidaw, lorsque s’est produit le séisme, faisant trembler les murs du bâtiment. Des morceaux sont tombés du plafond et les murs se sont fissurés. Des employés se sont rués vers l’extérieur, certains en pleurs, alors que d’autres tentaient de joindre leurs proches par téléphone. Le sol a vibré pendant trente longues secondes, avant de se stabiliser.
Le Palais de Mandalay, dans la ville du même nom au centre du pays, a été partiellement détruit, a indiqué le site d’information local Myanmar Now. Construit en 1857, l’édifice est le dernier palais royal de la dernière monarchie birmane. Il est aujourd’hui une destination touristique majeure de la région. Dans la ville voisine de Sagaing, un pont a été entièrement détruit par le tremblement de terre, rapporte encore Myanmar Now. A Aungpan (170 kilomètres au sud-est de l’épicentre), un hôtel s’est effondré, piégeant plusieurs personnes, ont indiqué les services de secours sur les réseaux sociaux.
A major #hospital in the #Myanmar capital #Naypyidaw is a "mass casualty area" after the country was rocked by a huge #earthquake, an official at the facility told AFP. pic.twitter.com/60F8WombDV
— Mizzima News (@MizzimaNews) March 28, 2025
D’autres secousses ont par ailleurs été ressenties dans la province chinoise du Yunnan (sud-ouest), selon l’agence chinoise chargée des séismes, qui a enregistré une secousse de magnitude 7,9. La Birmanie est dirigée par une junte militaire depuis le coup d’Etat de 2021, ce qui rend l’accès à l’information difficile, rappelle la BBC. L’Etat contrôle la quasi-totalité de la radio, de la télévision, de la presse écrite et des médias en ligne locaux. L’utilisation d’Internet est également restreinte.
L’Inde est prête à offrir «toute l’assistance possible» à la Birmanie et à la Thaïlande, a déclaré vendredi le premier ministre Narendra Modi. «L’Inde est prête à offrir toute l’assistance possible. A ce sujet, j’ai demandé à nos autorités d’être disponibles», a-t-il écrit sur le réseau social X, affirmant «prier» pour «la sécurité et la santé de tous».
Les séismes sont relativement fréquents en Birmanie, où six tremblements de terre ayant atteint ou dépassé une magnitude de 7 se sont produits entre 1930 et 1956 près de la Faille de Sagaing, qui traverse le centre du pays du nord au sud.
En 2016, un séisme de magnitude 6,8 avait secoué l’ancienne capitale, Bagan, dans le centre du pays, tuant trois personnes et provoquant l’effondrement des murs des temples de cette destination touristique. En novembre 2012, un séisme également de magnitude 6,8 avait frappé le centre du pays, faisant 26 morts et des centaines de blessés.
La faiblesse des infrastructures, l’insuffisance de services de santé, notamment dans les zones rurales, le développement anarchique des zones urbanisées ont rendu la population des régions habitées particulièrement vulnérable en cas de catastrophe naturelle, selon les experts.