ÉDITORIAL. Que penser d’une société où les cabots, après une séance de «cani-massage», peuvent regarder Dog TV dans des chambres d’hôtel à leur taille et se faire servir des cocktails (sans alcool) en «room service»?
«On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux», a dit le Mahatma Gandhi. Que penser, alors, d’une société où les chiens peuvent se faire masser au spa, déguster des cocktails (sans alcool) figurant au menu «cani-gastronomique», et regarder Dog TV dans des chambres d’hôtel à leur taille?
Depuis le néolithique et sa domestication, Canis lupus familiaris, pour se nourrir, a démontré une remarquable capacité à s’adapter à nos modes de vie. Charognard, opportuniste, il a commencé par être la poubelle de table des chasseurs-cueilleurs, avant de prouver son utilité en devenant pâtre assistant, tueur de gibier, arme de combat rapproché ou bête de trait bon marché. Il gagnait sa gamelle contre de loyaux services. Mais alors que nos sociétés sont devenues moins rustiques, que la guerre, les transports et l’agriculture se sont mécanisés, le chien s’est débrouillé pour rester à nos côtés. Mieux que cela: il a colonisé nos canapés.
Comment? En se proposant de combler des besoins nouveaux: soigner la solitude galopante, occuper les trentenaires en quête de sens, incarner un îlot de joie et d’insouciance dans un monde devenu anxiogène, figurer sur des images pour acquérir des followers, servir de prétexte à la consommation de biens et services absurdes. Il ira jusqu’à se laisser coiffer et parfumer, il portera des accoutrements ridicules, il habitera dans un sac à main. Si c’est au prix d’une aliénation complète, au renoncement à toute forme d’animalité, qu’il peut continuer de manger gratos, cet opportuniste invétéré nous suivra même jusqu’au spa. Quelle que soit la vie qu’on lui offre, le chien nous restera fidèle. Ce qui reste sujet à interprétation, c’est ce que l’existence de spas pour chiens révèle de notre degré de civilisation.